Marc Fumaroli était un érudit littéraire et un historien de l'art spécialisé dans la rhétorique classique française. Son œuvre a exploré en profondeur l'interaction entre la littérature, l'art et le pouvoir au sein de la culture européenne, étudiant comment ces modes d'expression s'entrelacent et s'influencent mutuellement. La recherche méticuleuse de Fumaroli et sa brillante prose ont éclairé les complexités des traditions rhétoriques et leur impact durable sur la pensée esthétique et intellectuelle. Il était célébré pour sa capacité à faire revivre les courants intellectuels du passé, en les présentant avec une nouvelle pertinence pour les lecteurs contemporains.
«Je chante les Héros dont Ésope est le Père : Troupe de qui l'Histoire, encor que mensongère, Contient des vérités qui servent de leçons. Tout parle en mon Ouvrage, et même les Poissons : Ce qu'ils disent s'adresse à tous tant que nous sommes. Je me sers d'Animaux pour instruire les Hommes... Quelque autre te dira d'une plus forte voix Les faits de tes Aïeux et les vertus des Rois. Je vais t'entretenir de moindres Aventures, Te tracer en ces vers de légères peintures : Et si de t'agréer je n'emporte le prix, J'aurai du moins l'honneur de l'avoir entrepris.»
Des Esseintes : Le héros fin de siècle par excellence ! Cynique, misogyne et romantique à l'extrême. Aristocrate oisif, isolé, il se livre à une méditation sur l'existence, l'art, la religion, les femmes... Il fouille l'expérience de l'ennui jusqu'à l'écoeurement. Son acuité intellectuelle de même que le raffinement de ses sens lui font mépriser le vulgaire tout en éprouvant l'inévitable souffrance d'une sensibilité trop aiguisée. Le personnage de Des Esseintes dérange, indubitablement. Comme son auteur, J.-K. Huysmans, esthète dilettant, romancier inclassable, critique d'art redouté et merveilleux pamphlétaire. A rebours (1884) est certainement le roman de la trilogie (A vau-l'eau, 1882 ; En rade, 1887) le plus caractéristique de son style : nerveux, précis, d'une rare sophistication. Sans tomber dans l'écueil d'une préciosité pédante, Huysmans révèle l'esprit décadent, sa nausée, son désespoir mais aussi son sens de la provocation et de l'autodérision. --Claire Mazurel
Lorsque parut la première édition de ce livre, le "baroque" faisait fureur : "éternel", protéiforme, envahissant. Ne cédant au courant que pour mieux le circonscrire, Victor L. Tapié s'attachait à doter d'un contenu historique précis cette notion que le caprice mondain et la mode littéraire avaient rendue inutilisable et suspecte. Analysés dans leurs composantes économique, sociales et spirituelles, "baroque"et "classicisme" prenaient chair et vie. Considérablement enrichie depuis sa première édition, cette brillante synthèse est devenue un classique d'une lecture indispensable à qui veut comprendre l'avènement de l'Europe moderne.
«Je suis, à ma façon, un amateur d'histoire, un spectateur du bon Dieu. Dans la mesure de mes moyens, j'étais, j'essayais d'être, je suis toujours ou j'essaie d'être le témoin du temps qui passe et de ma propre vie. C'était l'ambition avouée de mes précédents ouvrages. Est-ce qu'il y a rien d'autre à faire, pour un écrivain, que de s'efforcer de comprendre notre monde ? Je suis une espèce de lampiste de l'histoire, un agent secret de Dieu. Peut-être, un jour, je m'en expliquerai à nouveau. Jean d'Ormesson, dans une réponse à une question sur son style, a affirmé qu'il était heureux de rester fidèle à lui-même, ce qui se manifeste par des rappels discrets dans ses livres. Le lecteur découvrira ces références dans les quatre ouvrages ici réunis, où l'unité est évidente : la préoccupation du temps. Le temps qui dure, qui passe, et celui contre lequel on remporte parfois des victoires éphémères : «Il n'y a qu'une chose sous le soleil qui mette un terme, pour un temps, à l'écoulement perpétuel : c'est l'amour.» Jean d'Ormesson a construit une œuvre sur le mélange du temps historique et individuel, en héritier de Chateaubriand et peut-être de Borges. Ce volume, préfacé par Marc Fumaroli, inclut des notices sur les ouvrages et des documents inaccessibles, comme l'article de Jacques Le Goff saluant La Gloire de l'Empire, «ouvre pionnière» de l'histoire-fiction.