Zadig, nouveau trimestriel sous la direction d'Eric Fottorino propose un voyage extraordinaire dans la France d'aujourd'hui.Il s'agit d'offrir aux lecteurs de multiples regards sur la France d'aujourd'hui avec l'objectif de rendre lisible un pays devenu illisible : la FranceLa dimension régionale est illustrée par une carte de la France et de son Outre-mer que Zadig sillonnera numéro après numéroChristian BOBIN, Maylis de KERANGAL, Léonor RECONDO, Hervé LEBRAS, Mona OZOUF, Pierre ROSANVALLON, Leila SLIMANI, Marie DESPLECHIN, Régis JAUFFRET, ainsi que Patrick BOUCHERON qui traite d'un grand livre qui a marqué sur la France, en occurrence " L'identité de la France " de Braudel, ont participé à ce premier numéro.
Maylis de Kerangal Livres
Maylis de Kerangal est une écrivaine française contemporaine, reconnue pour son exploration minutieuse de l'expérience humaine, notamment à travers le prisme du travail physique et de ses significations profondes. Son style se distingue par une observation précise, quasi chirurgicale, du corps et de ses gestes, qu'elle relie à des interrogations existentielles sur la vie et la mort. Elle analyse la manière dont le labeur façonne notre identité et ses répercussions sur les relations humaines et la société. L'approche de Kerangal témoigne d'une grande maîtrise technique, donnant naissance à des récits riches et complexes qui plongent le lecteur au cœur de ses personnages et de leurs univers.







Tangente vers l'est
- 127pages
- 5 heures de lecture
«Ceux-là viennent de Moscou et ne savent pas où ils vont. Ils sont nombreux, plus d’une centaine, des gars jeunes, blancs, pâles même, hâves et tondus, les bras veineux le regard qui piétine, le torse encagé dans un marcel kaki, allongés sur les couchettes, laissant pendre leur ennui résigné dans le vide, plus de quarante heures qu’ils sont là, à touche-touche, coincés dans la latence du train, les conscrits.» Pendant quelques jours, le jeune appelé Aliocha et Hélène, une Française montée en gare de Krasnoïarsk, vont partager en secret le même compartiment, supporter les malentendus de cette promiscuité forcée et déjouer la traque au déserteur qui fait rage d’un bout à l’autre du Transsibérien. Les voilà condamnés à fuir vers l’est, chacun selon sa logique propre et incommunicable.
Réparer les vivants
- 304pages
- 11 heures de lecture
Just before dawn on a Sunday morning, three teenage boys go surfing. While driving home exhausted, the boys are involved in a fatal car accident on a deserted road. Two of the boys are wearing seat belts; one goes through the windshield. The doctors declare him brain-dead shortly after arriving at the hospital, but his heart is still beating. 'The Heart' takes place over the 24 hours surrounding the resulting heart transplant, as life is taken from a young man and given to a woman close to death. In gorgeous ruminative prose, it examines the deepest feelings of everyone involved as they navigate decisions of life and death. As stylistically audacious as it is emotionally explosive, 'The Heart' mesmerized book-lovers in France, where it has been hailed as the breakthrough work of a new literary star. With the precision of a surgeon and the language of a poet, de Kerangal has made a major contribution to both medicine and literature with an epic tale of grief, hope, and survival. ©2019 Maylis de Kerangal (P)2019 Blackstone Publishing
Seyvoz
- 128pages
- 5 heures de lecture
Tomi Motz, un ingénieur de 50 ans, est mandaté par son entreprise pour contrôler les installations du barrage de Seyvoz. L'histoire tragique de ce barrage - dans les années cinquante son édification a provoqué l'engloutissement d'un village de montagne et la dispersion d'une communauté - remonte à la surface, et Tomi voit sa mission empêchée par une série de dérèglements sensoriels et psychiques. Autour de lui tout tangue, les paysages et les comportements, l'environnement et sa raison vacillent.
« A l’aube du second jour, quand soudain les buildings de Coca montent, perpendiculaires à la surface du fleuve, c’est un autre homme qui sort des bois, c’est un homme hors de lui, c’est un meurtrier en puissance. Le soleil se lève, il ricoche contre les façades de verre et d’acier, irise les nappes d’hydrocarbures moirées arc-en-ciel qui auréolent les eaux, et les plaques de métal taillées en triangle qui festonnent le bordé de la pirogue, rutilant dans la lumière, dessinent une mâchoire ouverte. » Ce livre part d’une ambition à la fois simple et folle : raconter la construction d’un pont suspendu quelque part dans une Californie imaginaire à partir des destins croisés d’une dizaine d’hommes et femmes. Un roman-fleuve qui brasse des sensations et des rêves, des paysages et des machines, des plans de carrière et des classes sociales, des corps de métiers et des corps tout court. Prix Médicis 2010.
"J'ai conçu Canoës comme un roman en pièces détachées : une novella centrale, "Mustang", et autour, tels des satellites, sept récits. Tous sont connectés, tous se parlent entre eux, et partent d'un même désir : sonder la nature de la voix humaine, sa matérialité, ses pouvoirs, et composer une sorte de monde vocal, empli d'échos, de vibrations, de traces rémanentes. Chaque voix est saisie dans un moment de trouble, quand son timbre s'use ou mue, se distingue ou se confond, parfois se détraque ou se brise, quand une messagerie ou un micro vient filtrer ses paroles, les enregistrer ou les effacer. J'ai voulu intercepter une fréquence, capter un souffle, tenir une note tout au long d'un livre qui fait la part belle à une tribu de femmes - des femmes de tout âge, solitaires, rêveuses, volubiles, hantées ou marginales. Elles occupent tout l'espace. Surtout, j'ai eu envie d'aller chercher ma voix parmi tes leurs, de la faire entendre au plus juste, de trouver un "je", au plus proche."
"A l'aube du second jour, quand soudain les buildings de Coca montent, perpendiculaires à la surface du fleuve, c'est un autre homme qui sort des bois, c'est un homme hors de lui, c'est un meurtrier en puissance. Le soleil se lève, il ricoche contre les façades de verre et d'acier, irise les nappes d'hydrocarbures moirées arc-en-ciel qui auréolent les eaux, et les plaques de métal taillées en triangle qui festonnent le bordé de la pirogue, rutilant dans la lumière, dessinent une mâchoire ouverte." Ce livre part d'une ambition à la fois simple et folle : raconter la construction d'un pont suspendu quelque part dans une Californie imaginaire à partir des destins croisés d'une dizaine d'hommes et femmes, tous employés du gigantesque chantier. Un roman-fleuve, "à l'américaine", qui brasse des sensations et des rêves, des paysages et des machines, des plans de carrière et des classes sociales, des corps de métiers et des corps tout court.
"Finalement, il vous dit quelque chose, notre homme ? Nous arrivions à hauteur de Gonfreville-l’Orcher, la raffinerie sortait de terre, indéchiffrable et nébuleuse, façon Gotham City, une autre ville derrière la ville, j’ai baissé ma vitre et inhalé longuement, le nez orienté vers les tours de distillation, vers ce Meccano démentiel. L’étrange puanteur s’engouffrait dans la voiture, mélange d’hydrocarbures, de sel et de poudre. Il m’a intimé de refermer, avant de m’interroger de nouveau, pourquoi avais-je finalement demandé à voir le corps ? C’est que vous y avez repensé, c’est que quelque chose a dû vous revenir. Oui, j’y avais repensé. Qu’est-ce qu’il s’imaginait. Je n’avais pratiquement fait que penser à ça depuis ce matin, mais y penser avait fini par prendre la forme d’une ville, d’un premier amour, la forme d’un porte-conteneurs."
Paula s'avance lentement vers les plaques de marbre, pose sa paume à plat sur La paroi, mais au lieu du froid glacial de la pierre, c'est le grain de la peinture qu'elle éprouve. Elle s'approche tout près, regarde : c'est bien une image. Etonnée, elle se tourne vers les boiseries et recommence, recule puis avance, touche, comme si elle jouait à faire disparaître puis à faire revenir l'illusion initiale, progresse le long du mur, de plus en plus troublée tandis qu'elle passe les colonnes de pierre, les arches sculptées, les chapiteaux et les moulures, les stucs, atteint la fenêtre, prête à se pencher au-dehors, certaine qu'un autre monde se tient là, juste derrière, à portée de main, et partout son tâtonnement lui renvoie de la peinture. Une fois parvenue devant la mésange arrêtée sur sa branche, elle s'immobilise, allonge le bras dans l'aube rose, glisse ses doigts entre les plumes de l'oiseau, et tend l'oreille dans le feuillage.
Dans Folioplus classiques, le texte intégral, enrichi d'une lecture d'image, écho pictural de l'oeuvre, est suivi de sa mise en perspective organisée en six points : vie littéraire, la matière du réel ; genre et registre, corps, gestes et voix, une écriture du mouvement ; l'écrivain à sa table de travail, le paysage de la fiction ; groupement de textes, éclats de la jeunesse ; chronologie, Maylis de Kerangal et son temps ; fiche, des pistes pour rendre compte de sa lecture.



