Magicienne des lettres italiennes, Elsa Morante (1912-1985) est considérée dans son pays comme la plus grande romancière du XXe siècle. Quel a été le mystérieux chemin suivi par cette enfant, née dans un quartier populaire de Rome et marquée par un secret de naissance, pour devenir un écrivain prodige ? Mariée au plus célèbre écrivain italien, elle détestait qu'on la présente comme la femme d'Alberto Moravia. Avec quatre romans - dont L'Île d'Arturo, prix Strega, le Goncourt italien, en 1957, et La Storia, adaptée au cinéma par Luigi Comencini avec Claudia Cardinale -, elle devient de son vivant une icône de la littérature libre, imaginative, intransigeante. Les plus grands artistes de son temps - Pier Paolo Pasolini, Luchino Visconti, Leonor Fini, Anna Magnani - l'admirent sans réserve. Figure de l'intelligentsia de l'Italie de l'après-guerre jusqu'aux années 1980, invitée dans le monde entier, elle s'isole pourtant peu à peu, tombe malade, tente de se suicider et meurt le 25 novembre 1985. Grâce à des archives inédites et aux témoignages de proches - amis, parents, poètes, acteurs, militants de l'extrême gauche italienne -, René de Ceccatty nous donne à lire la première biographie en français d'Elsa Morante, dessinant le magnifique portrait d'un écrivain qui ne voyait la réalité que dans la littérature.
René de Ceccatty Livres






Alberto Moravia
- 696pages
- 25 heures de lecture
Entre 1929, année de parution de son premier roman, et 1990, année de sa mort, Alberto Moravia observe l'Italie et le monde, analysant leur évolution tout en contribuant au roman moderne. Écrivain précoce, il commence à rédiger un chef-d'œuvre à 17 ans, alors qu'il est immobilisé par la tuberculose osseuse. Sa notoriété est immédiate. Antifasciste, il fait face à la persécution des lois raciales avant et pendant la guerre, mais parvient à publier. Ses romans, tels qu'Agostino, Le Conformiste, et Le Mépris, connaissent un grand succès, avec des adaptations cinématographiques qui renforcent sa renommée. En tant que grand reporter, il cherche à comprendre les événements majeurs du XXe siècle à travers des voyages aux États-Unis, en Inde, en Chine, au Japon, en URSS et en Afrique. Il distingue l'art comme une fin en soi et l'engagement politique comme nécessitant une autre forme d'action. Sa vie et son œuvre révèlent une personnalité affranchie de ses origines bourgeoises. Sa vie affective est marquée par des relations avec trois femmes de caractère et des créateurs, dont Pier Paolo Pasolini. Ainsi, Moravia incarne un destin assumé et un reflet du XXe siècle, tant en Italie qu'à l'échelle mondiale. C'est ici sa première biographie intellectuelle.
" On peut aimer et tromper. C'est une des choses les plus vraies qu'on puisse dire. L'amour n'empêche pas l'infidélité. Le sexe est infidèle, le cœur ne l'est pas. Je sais qu'il est infidèle, le sexe, mais je suis jaloux... Le cœur infidèle, c'est la fin de tout. On peut faire du sexe sans l'amour, mais on ne peut pas faire l'amour sans le sexe. L'infidélité du sexe peut être une défaillance. L'infidélité du cœur, un désastre... Vous le savez bien, j'ai toujours donné beaucoup d'importance à la femme, à l'amour, parce que c'est capital dans la vie de l'homme. J'ai beaucoup d'expérience. Et je parle d'expériences, pas de théories... La jalousie est délire et fureur. C'est une maladie, c'est une chose abominable. " Alberto Moravia, Extrait d'une conversation avec Jean-Noël Schifano in Désir d'Italie. Folio / Essais, 1990.
Folio Biographies - 6: Pier Paolo Pasolini (French Edition)
- 272pages
- 10 heures de lecture
«Ceux qui comme moi ont eu le destin de ne pas aimer selon la norme finissent par surestimer la question de l'amour. Quelqu'un de normal peut se résigner – quel mot terrible – à la chasteté, aux occasions manquées : mais chez moi la difficulté d'aimer a rendu obsessionnel le besoin d'aimer : la fonction a hypertrophié l'organe, alors que, dans mon adolescence, l'amour me semblait être une chimère inaccessible.»La vie de Pier Paolo Pasolini (1922-1975), cinéaste, romancier, théoricien de l'art et de la littérature, se déroula à la fois comme un destin tragique et comme le symbole de la plus noble des libertés. Ce courage, il le paya très cher : scandales, procès, assassinat mystérieux enfin dont il fut la victime, sur une plage d'Ostie, une nuit de novembre.
Lettres à un ami prêtre
- 176pages
- 7 heures de lecture
"On ne peut pas lire cette correspondance entre un écrivain qui a souvent exprimé ses doutes religieux et un prêtre qui n'a jamais manqué de se tourner vers la littérature et d'être plus attentif à ceux qui doutaient qu'à ceux qui clamaient avec arrogance leurs certitudes, comme un dialogue consensuel. Qu'on ne s'attende donc pas à lire ici des lettres dogmatiques, des lettres imprégnées de bondieuseries, ni même simplement des lettres habitées par une foi complice. On décèlera plutôt la quête d'une "alliance", pour reprendre un terme qui est cher à celui qui croit." René de Ceccatty. Lettres à un ami prêtre rassemble la cinquantaine de lettres, aussi brèves qu'intenses, qu'échangèrent entre 1989 et 1994 Hector Bianciotti et Benoît Lobet. Elles forment un dialogue original et sans fard qui se lit comme la méditation spirituelle d'un grand écrivain face à un jeune théologien. Cet exercice de style épistolaire, exceptionnel d'élégance et de délicatesse, de passion et d'érudition discrète, marque aussi la naissance d'une amitié.
Pétrole - Édition augmentée
- 649pages
- 23 heures de lecture
En projetant et en commençant d'écrire mon roman, j'ai bien réalisé autre chose que de projeter et d'écrire mon roman : j'ai organisé en moi le sens et la fonction de la réalité ; et une fois que j'ai organisé le sens et la fonction de la réalité, j'ai essayé de m'emparer de la réalité. M'emparer peut-être, sur le plan doux et intellectuel de la connaissance ou de l'expression ; mais malgré tout, essentiellement, brutalement et violemment, comme cela se passe pour chaque possession, pour chaque conquête. [...] Au moment même où je projetais et écrivais mon roman, autrement dit où je recherchais le sens de la réalité et en prenais possession, précisément dans l'acte créatif que tout cela impliquait, je désirais aussi me libérer de moi-même, c'est-à-dire mourir. Mourir dans ma création : mourir comme en effet on meurt, en accouchant : mourir, comme en effet on meurt, en éjaculant dans le ventre maternel. P. P. P.
Mes années japonaises
- 248pages
- 9 heures de lecture
«Dès mon arrivée à Tôkyô, j’avais été frappé par la beauté exceptionnelle de sa lumière. La nuit tombant, des marchands de patates douces cuites à la braise avançaient leurs carrioles, éclairées de lanternes en papier, en chantonnant des mélopées lugubres comme des thrènes qui invitaient la clientèle. Dans la journée, d’autres voiturettes, elles modernes, collectaient les vieux journaux, elles aussi en faisant retentir des ritournelles, mais moins tristes.»René de Ceccatty relate ici son lointain séjour au Japon et les années qu’il a consacrées à la littérature de ce pays. Dans cette évocation, il nous livre un autoportrait sans complaisance, puisant dans ses souvenirs comme dans certaines lettres envoyées et conservées par sa mère… Le Japon et la découverte d’une nouvelle forme de pensée et de rapport au monde l’auront marqué à jamais, comme une deuxième naissance, influençant son parcours artistique et sentimental. Avec beaucoup de détermination et d’énergie, René de Ceccatty réussit à s’arracher au temps présent en écrivant, et à ranimer non le passé comme passé, mais «le présent du passé».
Enfance, dernier chapitre
- 440pages
- 16 heures de lecture
"Pendant que j'écrivais sur mes premières années, maman vivait, à Montpellier, ses quatre dernières. Sa mémoire immédiate l'abandonnait, mais demeuraient intacts la force de sa personnalité et ses souvenirs lointains, du temps de mon enfance, précisément. En me souvenant, je luttais contre son amnésie. Sans doute, sa présence auprès de moi a-t-elle été décisive pour la construction de ce récit qui évoque notre vie en Tunisie, puis de ce côté-ci de la Méditerranée, et la conscience de n'avoir ni repères ni frontières. Mais c'est surtout aux sensations d'un paysage intérieur que je me suis attaché, m'arrêtant à l'orée de l'adolescence : quand tout était tracé de ce que j'allais être et que je n'ai pu m'empêcher d'anticiper ici. La mort de maman a arrêté cette remémoration écrite. Je ne pouvais pas aller plus loin. Le dernier chapitre avait été écrit". René de Ceccatty.
Le mot amour a un statut singulier : facile à prononcer, mais difficile à entendre, même après une longue attente. Il a le pouvoir de donner vie et mort, souvent en se confondant. Les quatre dialogues ici réunis mettent en scène des couples hantés par une amitié amoureuse : Artemisia Gentileschi et Galilée, Julie Talma et Benjamin Constant, Eleonora Duse et Gabriele D'Annunzio, Maria Callas et Pier Paolo Pasolini. Ces femmes, artistes passionnées, ont vécu des plaisirs incertains. Artemisia a envisagé d'abandonner ses sujets sanglants. Julie a rapidement renoncé à sa carrière pour soutenir son mari. La Duse, née dans le théâtre, aurait voulu échapper au public, mais n'a permis aucune pause, mourant en tournée. La Callas a perdu sa voix, pensant préférer la vie à la scène, avant de réaliser que son existence dépendait de l'art qui l'avait trahie. Toutes ont été, sinon de grandes amoureuses, des femmes obsédées par la représentation narcissique de l'amour et sa violence tragique. Aucune d'elles n'a été fidèle, et les hommes de leur vie ont multiplié les liaisons sans connaître d'amour heureux.



